Entre les EC17 et le déficit cantonal 2016, un sujet a fait l’objet d’une forte présence médiatique la semaine dernière ; il s’agit du projet de réforme Prévoyance vieillesse 2020. Voilà une thématique hautement émotionnelle qui nous touche tous à plus ou moins brève échéance.

A de nombreuses reprises, des experts en assurance et autres statisticiens nous ont mis en garde sur le fait que nous étions arrivés au bout de notre système de prévoyance et que les rentes ne pourraient plus être assurées sur le moyen et long terme. Augmentation de l’espérance de vie, arrivée à la retraite des baby-boomers, faible taux de natalité et de rendements des marchés ; chacun de ces facteurs aura un impact négatif sur les coûts ou le manque de ressource pour couvrir les rentes.

Le Conseil Fédéral a travaillé sur un projet de réforme Prévoyance vieillesse 2020 depuis des années, avec des bords marqués ne facilitant pas la recherche de solution. Un compris a pu néanmoins être voté par les Chambres le 16 mars et sera soumis en votation populaire en septembre.

Ce paquet propose les mesures suivantes :
- Bonus AVS de CHF 70.- par mois
- Age de l’AVS relevé à 65 ans pour les femmes pour un gain estimé de 1.2 milliard d’ici 2030
- Augmentation du taux de TVA de 0.6% pour financer l’AVS
- Flexibilité de l’âge de la retraite entre 62 ans et 70 ans
- Baisse du taux de conversion de 6.8% à 6% sur les avoirs du 2ème Pilier
- Abaissement du salaire minimum pour cotiser au 2ème Pilier à quelques CHF 14'000 de revenu annuel

Ces mesures suscitent quelques remarques. Tout d’abord, il semble étonnant de vouloir procéder à une tactique d’arrosage en proposant à tous une augmentation des rentes AVS de CHF 70.- Pour quelqu’un qui ne touche que l’AVS, est-ce que ces CHF 70.- permettront d’éviter le recours aux prestations complémentaires? Malheureusement ce ne sera que rarement le cas!

Concernant l’âge de la retraite, les femmes vont être amenées à sacrifier un an de retraite pour le bien commun. Mais comment peut-on accepter cette mesure tout en fermant les yeux sur les différences significatives de salaire entre hommes et femmes, à travail égal?

Globalement, en un siècle, l’espérance de vie en Suisse a gagné près de 30 ans pour les hommes aussi bien que pour les femmes. Trente ans de gain d’espérance de vie, en général dans de bonnes conditions physiques et mentales, n’est-ce pas fantastique ? Chaque année, en fait nous ne vieillissons pas de 12 mois mais seulement de 9 ! En suivant la presse et les réseaux sociaux, on peut saisir la crainte des quinquagénaires quant à leur avenir professionnel : beaucoup s’interrogent sur leur chance de pouvoir conserver leur emploi actuel et, en cas de perte, d’en retrouver un. En tant que parti des « entreprises », n’a-t-on pas une carte à jouer pour aider à faire évoluer cette situation et redorer le blason du travail des quinquagénaires et sexagénaires via entre autres des plans de formation continue et d’accompagnement aux changements ?

Une retraite à la carte semble être un réel plus car elle permet à ceux qui le souhaitent et le peuvent de s’arrêter ou de prolonger en fonction de leurs choix. Une étude longitudinale menée aux USA sur près de 3'000 personnes montrent que le taux de mortalité de quelqu’un qui arrête de travailler à 66 ans est 11% inférieur à celui de quelqu’un qui s’est arrêté à 65 ans. Travailler permet non seulement de conserver des liens sociaux précieux mais également de maintenir les capacités cognitives et physiques. Un départ en retraite en douceur paraît être une clé pour rester en forme plus longtemps !

L’abaissement du taux de conversion semble bien timide et un objectif de 5% serait plus réaliste selon les experts. D’ailleurs, beaucoup de caisses privées ont réduit bien en dessous de 6% le taux de conversion pour la partie sur obligatoire. 6% est le strict minimum, politiquement acceptable, mais qui nous amènera à agir à nouveau à moins que les rendements financiers ne s’améliorent fortement, en particuliers avec une hausse des taux d’intérêt.

Finalement, l’abaissement du seuil de cotisation au 2ème pilier est un premier pas mais reste insuffisant. Certaines entreprises neuchâteloises l’ont bien compris il y a déjà plusieurs décennies. Avec le temps partiel des femmes et le taux élevé de divorce, il est nécessaire de soumettre chaque franc gagné à une cotisation au 2ème pilier, ceci afin de mieux protéger cette population contre un recourt aux aides sociales une fois l’heure de la retraite sonnée.

Est-ce que le projet voté la semaine dernière est le bon ? Chacun aura son opinion et, quel que soit le résultat de la votation populaire en septembre, des mesures doivent être prises pour améliorer la pérennité de notre système de prévoyance sur le moyen et long terme. Il en est de notre responsabilité de permettre à toutes les personnes qui auront contribué pendant leur vie active à la richesse de notre pays, de notre région et de nos entreprise d’accéder à une vie descente et digne une fois leur retraite prise. N’oublions pas que nous sommes chacun acteur et que certaines mesures à la portée de beaucoup auront un impact significatif ; pensons notamment à assurer des salaires équivalents, à favoriser l’accès à des postes à responsabilité aux femmes et à soutenir la formation continue, source du renouvellement de la valeur ajoutée apportée par chacun.

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